J'ai redessiné cent fois les courbes de son corps, je me suis imaginée mille et un baisers envoyés dans le creu de ses mains, des dizaines de souvenirs qui me reviennent en mémoire et dont je prend enfin conscience, de l'ampleur de chaque geste, chaque parole que nous avons prononcé dans le duvet moelleux de notre intimité, et c'est à ce moment même que j'ai décidé de les effacer, un à un, de ma méoire, de ce qui restait de mon coeur brisé par trop d'amour donné et jamais satisfait ni rassasié.
Il me semblait pourtant voir en cet homme le portrait parfait de celui qui hantait mes nuits, et qui me suivait lors de mes innombrables rêveries au quotidien.
J'avais fait de cette caricature un homme aux véritables traits humains, et dont je pouvais décrire chaque aspect de sa personnalité puisque je les avais créée moi même par le biais de mon imagination.
Il semblait fort et doux à la fois, intelligent et rêveur. Attendrissant. Et lorsque ses yeux ou son sourire venaient un instant s'engouffrer dans ma vie ennuyante et désillusionée, j'entendais mon coeur battre et chanter contre ma poitrine.
Mais il est inévitable que la seule issue possible à cet amour idéalisé ne pouvait être que la chute, longue et douloureuse , de mon être et de ma vie.
J'entend encore parfois son rire résonner dans les pas que je fais pour m'éloigner de lui, de ce qui m'y raccroche et me rappelle à cet homme qui m'a tout pris, jusqu'à sucer le peu de joie qu'il restait encore en moi.
Si tu savais la douleur, le mal que j'ai ressentie lorsque j'étais près de toi, et loin , aussi.
Peut etre savais-je déjà qu'il n'y avait aucune finalité, aucun but à cet amour dont je me guérie encore aujourd'hui? Sinon pourquoi cette souffrance lorsque je me retrouvais à tes côtés?
L'imagine parfaite que je t'attribuais par le passé s'est vite disséminée dans le temps,et j'ai pû découvrir le visage d'un homme blessé, quelqu'un que je ne connaissais pas, un inconnu.
Ce matin là, on se lève, et on regarde cette personne qui dort à nos côtés ou bien qui nous souris, encore plongée dans la torpeur matinale et on se demande alors qui est elle? On croit se connaitre mais tout n'est qu'illusions, et divaguations.
On se ment pour mieux vivre mais on ne vit que moins bien sous la pression du mensonge, inlassable blessures morales.
Alors les beaux lendemains font place à de sombres et oscures veillées funèbres, et la douceur des premiers baisers se changent en de rigides claquements de lèvres froides déjà blanchies et dont la dureté rappelle ainsi que les coeurs sont devenus pierre.
" Je t'aime pour ce que je ne suis pas, pas pour ce que j'ai déjà " - Cobain